Aéronautique & documentation minimaliste : go or no go ?

Dans le nucléaire, on peut appliquer sans hésitation les règles de la documentation minimaliste.

Soit, mais pas dans l’aéronautique, sacrebleu !

Pas besoin de minimalisme ? C’est à voir…

Ainsi, en 2005, AIR FRANCE, dans sa démarche pour « simplifier les procédures des équipages » a fait une refonte du « manuel d’exploitation » … qui a été « complété, 3 semaines plus tard par deux cent cinquante-cinq (255) pages de mise à jour et de corrections« … 

Mais ce n’était pas du goût du porte-parole du Syndicat national des pilotes de ligne : 

« Quand vous avez une documentation pléthorique, des dizaines de pages superflues, les pilotes ne peuvent pas se reconnaître dans ce qui doit être le socle d’une culture commune »(*)

C’est là le coeur de la démarche minimaliste : ne donnez à l’utilisateur que l’information dont il a besoin. Pourquoi lui fournir une documentation volumineuse si elle n’est pas exploitable
  

Du volume, sinon rien !

Ce même phénomène est relevé dans le rapport d’accident du vol TAM à l’atterrissage sur l’aéroport de Sao Paolo : 

« The A-320 manuals have lots of pages and are hard to consult,mainly during the flight »

Effectivement, ce n’est pas le volume de la documentation qui la rend utile, mais son accessibilité. Est-il facile d’obtenir l’information sur les « reversers » lorsqu’ils ne fonctionnent plus ? Combien de pages et de chapitres
feuilleter avant d’avoir exactement la procédure de secours ?

 
Très, très significatif également, le rapport d’accident du vol 1549 qui, après

décollage de La Guardia, a dû amerrir dans la baie de l’Hudson.   

L’excellent capitaine Sullenberger a suivi les procédures et, en duo avec le co-pilote, a pointé la « check-list ».

Toutefois, heureusement qu’il ne soit pas allé jusqu’au bout des listes de pointage, parce qu’il aurait terminé sa course au fond de l’Hudson :

« However, according to post-accident interviews and CVR data, the flight crew did not complete this Checklist, which had 3 parts and was 3 pages long; although they were able to complete most of part 1, lack of time precluded starting Parts 2 and 3. »

C’est là un des points-clés d’une formation au minimalisme : est-ce que la documentation est utile à l’utilisateur dans son environnement de travail   ?

C’est ce que Dr. Hans van der Meij appelle « Anchor the tool in the task domain« . 

Terminologie ? un gadget négligeable !

 La terminologie… quantité négligeable aux yeux de certains.

En s’arrêtant sur la liste des rapports d’accidents et incidents publiée sur le

site de SkyBrary (initiative EUROCONTROL), on découvre, dans le rapport d’accident sur l’aéroport de Hambourg, un sérieux manquement en terminologie :

 « The terminology maximum crosswind demonstrated for landing was not defined in the Operating Manual and in the Flight Crew Operating Manual, and the description given was misleading“

Il semblerait que l’équipe de documentation ait oublié, ici, que la terminologie doit être CONSTANTE et COHERENTE !

Procédures ?… vous avez dit procédures ?

Non seulement les pilotes, mais les ATC (contrôleurs aériens) sont confrontés à une documentation défaillante. 

Ainsi, suite à un incident grave sur l’aéroport de Zurich-Kloten, les enquêteurs découvrent avec horreur que :

« the Zurich procedures contained no detailed description of how to manage simultaneous use of runways 16 and 28 for departures. »

Le Bureau Fédéral de l’Aviation Civile Helvétique recommande donc que :

« the operator and users of Zurich airport should carry out a comprehensive analysis of the operating procedures and take all appropriate measures to reduce complexity and the systemic risks.« 

 Analyser les procédures pour suivre les actions à accomplir, analyser les

tâches de l’utilisateur et surtout mettre tout en oeuvre pour rendre le document clair et immédiatement utilisable, voilà les véritables mots d’ordre du rédacteur « minimaliste ».

Produire de la documentation au kilomètre n’est PAS du digne d’un bon rédacteur technique ; mettre  toute son énergie pour fournir une documentation exploitable, immédiatement utilisable et sans ambiguité  est la caractéristique du rédacteur formé au minimalisme, celui qui ne donne que l’information dont on a besoin !
_____________________________
(*)  Extrait de « La face cachée d’Air France », 
p. 96–97, auteur : Fabrice Amedeo

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